
Affaire du Collier de la reine
L’affaire du collier de la reine, collier composé d’un rang de 17 diamants de 5 à 8 carats, est une des escroqueries la plus célèbre ayant eu pour victime le cardinal Louis-René-Édouard, prince de Rohan et évêque de Strasbourg. Cette affaire est notamment connue pour avoir terni la réputation de la reine de France Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI.
Cette affaire a eu un retentissement incroyable pour l’époque et
a été connu de toute l’Europe, mettant en difficulté la reine de France qui, bien qu’innocente, ne sera pas cru comme telle par l’opinion publique.
Cette affaire sera jugée par le marquis Étienne François d’Aligre devant la Tournelle, Parlement de Paris, et la Grande-chambre du Parlement.
Les faits
Louis XV souhaite offrir un cadeau inestimable à sa favorite Jeanne Bécu, comtesse du Barry. Il demande alors, en 1772, à deux joailliers allemands du nom de Charles Auguste Boehmer et Paul Bassenge de créer un collier de diamants. La fabrication prenant du temps, Louis XV meurt avant sa livraison. Les deux joailliers s’étant endetter afin d’assurer la création du collier, ils proposent avec insistance ce dernier, en 1778, à Marie-Antoinette pour une somme équivalente à 1 600 000 livres, celle-ci refusera.
Jeanne de Valois-Saint-Rémy, également connue sous le nom usurpateur de comtesse de La Motte, a alors l’idée de monter une escroquerie contre son « ami » le prince de Rohan qu’elle avait sollicité financièrement plusieurs fois afin de sortir de la misère dans laquelle elle se trouvait. Pour cela, elle fait croire à ce dernier qu’elle a rencontré la reine Marie-Antoinette de qui elle est devenue l’amie intime. Elle réalise alors, avec l’aide de son amant Louis Marc Antoine Rétaux de Villette, de fausse lettres et entretient une fausse correspondance entre la reine et le cardinal. Or, ces derniers ont un contentieux remontant à 1773 lorsque le cardinal avait écrit une lettre prêtant un caractère volage à Marie-Antoinette.
La comtesse de La Motte, avec l’aide de la Baronne d’Olivia qui se fait passer pour la reine, organise un entretient avec le cardinal qui sera définitivement conquis par cette dernière. En décembre 1784, se présentant comme l’amie intime de la reine, elle rencontre les joailliers et imagine un plan pour entrer en la possession du collier qui n’a toujours pas été vendu. Après avoir escroqué 1,6 million de livres au cardinal, avec l’aide de Giuseppe Balsamo dit comte de Cagliostro, elle convainc le cardinal, toujours sous le nom de la reine de France de lui acheter le collier.
Cependant, la somme n’étant jamais versé aux deux joailliers, ces derniers se rendent chez la première femme de chambre de Marie-Antoinette, l’affaire explose au grand jour.
La procédure
La comtesse de La Motte, sentant les soupçons portés sur elle, s’empresse de prévenir le roi de l’escroquerie en août 1785 et le prévient de l’implication du cardinal par la prétendue signature de la reine qui s’avère être un faux. Le roi convoque alors le cardinal, à l’époque grand-aumônier de France, dans ses appartements en présence de la reine, du garde des sceaux Armand Thomas Hue, marquis de Miromesnil et du ministre de la Maison du Roi Louis Auguste Le Tonnelier, baron de Breteuil.
Le cardinal se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui, chose qu’il ne peut faire sur le moment, ne comprenant pas ce qui se passe. Il est alors arrêté dans la galerie des Glaces, au château de Versailles et est emprisonné à la Bastille, ce qui a pour effet de rendre la Cour sous le choc. La comtesse de La Motte, Cagliostro et la baronne d’Olivia sont arrêtés.
Le roi laisse au cardinal le choix de la juridiction qui le jugera, ce dernier choisira le Parlement du fait de sa confrontation plus ou moins constante avec l’autorité royale. Le procès s’ouvre en 1786 devant 64 magistrats du Parlement de Paris, appelé la Tournelle et de la Grande-chambre du Parlement. Le cardinal sera reconnu innocent du vol du collier mais lui ait encore reproché « le crime de lèse-majesté (atteintes au souverain) pour avoir cru que la reine pouvait lui donner des rendez-vous galants dans le parc de Versailles, avoir cru à ses lettres […]. Ce qui nous amène à la conclusion : si le cardinal est acquitté, c’est la reine qu’on aura « jugée » ».

Solution retenue par le ou les jugement(s):
Le cardinal est finalement acquitté en mai 1786, à la fois pour l’escroquerie et pour le crime de lèse-majesté envers la reine à 26 voix contre 23. La prétendue comtesse de La Motte est condamnée à la prison à perpétuité à la Salpêtrière après avoir été marquée au fer rouge sur les deux épaules d’un V pour « voleuse ». Son mari, quant à lui, sera condamné aux galères à perpétuité par contumace, donc refus de comparaître pour l’affaire, la baronne d’Olivia sera déclarée « hors de cours » donc hors de cause et Cagliostro sera expulsé de France.
La reine, au comble de l’humiliation, considère l’acquittement du cardinal comme une honte, son image en pâtissant, elle demande et obtient du roi qu’il exile le cardinal de Rohan à l’abbaye de la Chaise-Dieu. Ce n’est que trois ans plus tard, en 1788, que le roi de France l’autorisera à réintégrer son diocèse à Strasbourg.
Cette affaire sera résumée comme « un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! ». Elle aura pour conséquence d’abattre sur la personne de la reine une avalanche de protestations, ceci étant rendu possible par le récit publié par la comtesse de La Motte, échappée de la Salpêtrière qui affirme la complicité de celle-ci dans l’affaire, jusqu’à son intervention dans l’évasion de La Motte.

Impact médiatique
Johann Goethe, romancier et homme d’État allemand écrira que « cet évènement me remplit d’épouvante, comme l’aurait fait la tête de Méduse […]. Ces intrigues détruisirent la dignité royale. Aussi l’histoire du collier forme-t-elle la préface immédiate de la Révolution, elle en est le fondement ».
Cette affaire a été reprise plus d’une dizaine de fois dans des films ou livres jusqu’à très récemment dans la série Lupin dont le premier épisode s’intitule Le collier de la reine.
